Le vieux qui lisait des romans d’amour – Luis Sepúlveda – 1995

La vie dans l’Amazonie

Il a découvert qu’il savait lire. C’est l’antidote à la tristesse de devoir vieillir. Il ânonne et met six mois pour venir à bout d’une histoire qu’il mâche mot à mot et s’en imprègne. Mais son esprit curieux et son intelligence lui a permis de s’adapter dans le monde exigeant de la forêt amazonienne et maintenant qu’il devient vieux il apprend par les livres la culture du vaste monde qui n’est pas le sien. Il possède deux objets précieux, un dentier enveloppé dans un mouchoir qu’il ne place qu’au moment de manger et une loupe pour voir les lettres. Il vient des hautes montagnes du Chili car la stérilité de leur couple les a poussé à s’expatrier. Peut-être n’est-ce pas une bonne idée de s’enfoncer dans la forêt … Sa femme y est morte de malaria l’année suivante.

Pourtant il y a créé des amitiés solides avec les indigènes, le noble peuple des Shuars qui le considère non comme un des leurs mais comme un du lieu. »Il apprit la langue des Shuars en participant à leur chasse. Ils chassaient des tapirs, des pacas, des cabiais, des pécaris à collier qui sont de petits sangliers à la chair savoureuse, des singes, des oiseaux et des reptiles. Il apprit à se servir de la sarbacane, silencieuse et efficace et de la lance pour capturer les poissons rapides… Il jouissait dans la forêt d’une liberté infinie. Il ne pouvait s’empêcher d’aimer ce monde, ces espaces sans limites et sans maîtres. »

« – Nous sommes comment ? questionnaient-ils. – Sympathiques comme une bande de ouistitis, bavards comme des perroquets saouls et hurleurs comme des diables. Les Shuars accueillaient ces comparaisons avec de grands éclats de rire et manifestaient leur contentement par des pets sonores. » Mais ils sont aussi précis dans leur gestes, économes des ressources de la forêt – on ne tue jamais un animal avant qu’il ne soit adulte, respectueux de toute la faune et la flore de leur environnement, raffinés et connaisseurs et généreux envers l’étranger qui risque sa vie par ignorance. Le déséquilibre vient de la cupidité et de la bêtise de certains gringos. Et c’est toute l’histoire de ce magnifique livre. Le vieux, fort de l’enseignement des autochtones nous sert à lire les énigmes des meurtres commis. Nous apprenons que les chauve-souris sont le meilleur signal d’alarme en cas de danger dans un bivouac car elles sont les premières à entendre l’animal qui rode et s’envolent dans le sens opposé donc donnent le précieux renseignement sur sa situation. Les ouistitis sont curieux si bien que quand les Shuars s’aventurent sur leurs terres, ils enlèvent tous leurs ornements et enduisent leur machette de suie pour que son éclat ne les attire pas car alors, comme ils sont des milliers, s’en est fait de vous. Ils vous dépouillent et vous tuent si vous résistez.

Nous savions que les esquimaux sur le point de nourrir se retirent dans le froid qui les congèle. Nous connaissions aussi la coutume des habitants de la Mongolie qui offrent leur morts aux loups. Mais nous ignorions que les Shuars entourent leur ancêtre, font une fête en son honneur, lui donnent à boire une décoction de plante hallucinogène, l’enduisent de miel et l’abandonnent à l’écart. Le lendemain, il ne reste que les os blanchis et nets. Les fourmis sont industrieuses.

C’est un livre s’apparente au « Livre de la Jungle » de Rudyard Kipling par l’amour des animaux que nous croisons. Mais il dénonce l’action de occidentaux (des sauvages) dans cette splendide forêt qui regorge de tant de richesses. Ce manifeste en faveur de ces grands espaces, qui en 1995 – date de l’apparition du livre, n’étaient pas encore menacés comme actuellement par le feu et la maladie, semble tomber à point nommé pour nous faire toucher du doigt l’ignominie de sa destruction. Et c’est cette même maladie, due au Covid-19 qui a emporté l’auteur en avril dernier. Dernier signal d’alarme.

Lis Sepùlveda
né le 4 octobre 1949, au Chili
mort le 16 avril 2020 du Covid-19
à Oviedo (Espagne) en exil.

Luis Sepúlveda est un romancier, poète et cinéaste chilien.

En 1975, il finit par être emprisonné et condamné à 28 ans de prison. Il n’en fera que deux et demi dans une prison pour opposants politiques, grâce à l’intervention d’Amnesty International. Sa peine est commuée en 8 ans d’exil en Suède.

En 1978, il participe à une recherche de l’Unesco sur l’impact de la colonisation sur les populations amazoniennes et passe un an chez les Indiens Shuars.

Son premier roman, « Le vieux qui lisait des romans d’amour » (1988), traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, connaît un succès planétaire et lui a apporté une renommée internationale. 

En 1996, il s’installe à Gijón, dans le nord de l’Espagne, où il fonde le Salon du livre ibéro-américain. Il écrit des chroniques pour plusieurs journaux italiens. « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler » publié en 1996, est un autre succès de l’auteur qui a reçu plusieurs prix pour son œuvre.

Il laisse une œuvre foisonnante composée de romans, des livres pour enfants, des scénarios etc.

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